La Gen Z au volant d’une révolution silencieuse

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Pendant des décennies, passer le permis était un rite de passage, et posséder sa première voiture offrait une promesse de liberté et un marqueur social. Aujourd’hui, ce réflexe se métamorphose. La génération Z, née entre 1997 et 2012, n’a pas abandonné la voiture, mais elle est en train d’en changer la signification. En 2022, plus de 1,2 million de Français se sont inscrits au permis de conduire, et près de 78 % avaient entre 16 et 24 ans. Pourtant, seuls 54 % des 18-24 ans possèdent aujourd’hui le permis, contre plus de 80 % au début des années 2000. Le contraste est saisissant. Pour le magazine SUPERCRITIC, nous avons eu envie d’en savoir plus sur le rapport de la Gen Z et le permis de conduire.

Cependant, la Gen Z n’est pas en train de tourner le dos à la mobilité. Parmi ceux qui ont le permis, 66 % utilisent une voiture privée chaque semaine. La voiture reste donc utilisée, mais elle n’est plus désirée de la même manière. Alors que se passe-t-il vraiment ?

Pourquoi la Gen Z passe moins le permis de conduire

Les chiffres confirment une tendance de fond. Malgré l’abaissement de l’âge du permis de conduire à 17 ans, qui a donné l’accès à près de 290 000 jeunes de se présenter à l’examen en 2024 (avec un taux de réussite de 73 %), la possession du permis de conduire chez les 18-24 ans stagne autour de 54 %, contre 65 % en 2014.

Plusieurs facteurs se combinent.
D’abord, le coût. Passer le permis coûte en moyenne entre 1 500 et 2 500 euros en France. Et c’est sans compter l’assurance, l’essence (l’énergie), l’entretien du véhicule et toutes les contraintes financières associées à la possession d’un véhicule. Pour une génération confrontée à l’augmentation du coût des études, du logement et de la vie quotidienne, cet investissement arrive rarement en tête des priorités. D’ailleurs, une partie des jeunes (environ 9 %) déclarent même ne pas en vouloir du tout.
Ensuite, le contexte urbain. Près de 78 % des jeunes vivant en ville utilisent principalement les transports en commun. À cela s’ajoutent le vélo, les trottinettes électriques, le covoiturage et l’autopartage, devenus des solutions ordinaires.

Enfin, un effet de décalage générationnel. L’âge moyen d’obtention du permis recule. À l’échelle européenne, 68 % des 20-24 ans sont motorisés aujourd’hui, contre 84 % au début des années 2000. Le permis n’a pas disparu, il s’est déplacé dans le temps.
Résultat, plus de permis provisoires et moins de permis obtenus “par défaut” dès la majorité. Mais une fois acquis, l’usage reste bien réel.

Moins de possession mais plus de mobilité

Contrairement à une idée reçue, la Gen Z ne rejette pas la voiture, elle rejette surtout la contrainte qui va avec.
La voiture conserve une valeur symbolique de liberté et d’autonomie, mais elle n’est plus associée automatiquement à la propriété. Aujourd’hui, seuls 37 % de la Gen Z ayant le permis de conduire, utilise principalement une voiture personnelle. Un rapport de McKinsey montre que les jeunes européens privilégient un usage multimodal combinant transports en commun, vélo, VTC ou covoiturage.

Cette logique d’usage se confirme dans les intentions. Plus de la moitié des Gen Z se disent prêt à partager leur véhicule privé, et près d’un tiers des jeunes propriétaires européens envisageraient de renoncer à la possession d’une voiture si une alternative flexible et fiable existait.
Leur rapport à l’objet automobile a également évolué. Les fonctionnalités connectées et l’impact environnemental pèsent désormais davantage que le design ou la puissance. Plus de 60 % déclarent accorder plus d’importance à l’expérience numérique embarquée qu’à l’esthétique. L’électrique, de son côté, n’est plus perçu comme un choix militant, mais s’impose comme une option par défaut pour plus de la moitié d’entre eux.

En clair, la Gen Z veut pouvoir accéder à la voiture quand elle en a besoin, sans la posséder en permanence.
Cette transformation se reflète dans les chiffres. Environ 35 % des 18-24 ans ne possèdent pas de voiture personnelle, une proportion stable depuis une décennie, malgré une population plus urbaine et plus mobile que jamais.
Les raisons sont identifiées : le coût d’entretien et d’assurance, les difficultés de stationnement, la pression écologique croissante, les restrictions de circulation dans les centres urbains. Tout cela entraîne une explosion de l’autopartage, du covoiturage et de la location courte durée.

Le paradoxe est donc là, une fois équipés, les jeunes conduisent plus qu’on ne l’imagine. Ils possèdent moins, mais roulent toujours, autrement.

Vers une mobilité fluide et partagée

Ce sont précisément ces nouveaux usages qui dessinent la mobilité de demain. D’ici 2030, la génération Z pourrait représenter près de 40 % des acheteurs automobiles. Son influence sur le marché n’est donc plus négligeable, elle est même déjà structurante.

Les projections indiquent qu’en Europe, plus d’un kilomètre sur trois pourrait être parcouru via un véhicule partagé à l’horizon 2030. Cette bascule ne signifie pas nécessairement moins de déplacements, mais une transformation profonde de leur organisation. Le nombre de voitures en circulation pourrait diminuer, tandis que l’intensité d’usage des flottes existantes augmenterait fortement. Paradoxalement, les immatriculations pourraient même progresser, non pas sous l’effet d’un regain de la propriété individuelle, mais pour renouveler des véhicules plus sollicités, ou laisser place à de nouveaux formats de mobilité encore émergents.

Dans le même temps, l’électrification s’accélère et les technologies d’assistance puis d’autonomie progressent. Le modèle économique, lui, bascule vers des offres de mobilité “as-a-service”. Abonnements, leasing flexible, formules hybrides combinant voiture, scooter et services de transport deviennent des standards émergents. Plus de la moitié des jeunes déclarent déjà acheter leur véhicule en ligne, sans passer par une concession physique.
La réglementation ne fait qu’amplifier ce mouvement. Zones à faibles émissions, restrictions croissantes sur la voiture individuelle et politiques urbaines de désengorgement accélèrent la transition. La mobilité n’est plus pensée comme un bien à posséder, mais comme un service à activer, à la demande.

La fin du mythe du permis de conduire pour la Gen Z

La Gen Z n’est finalement pas en train de tuer la voiture. Elle est en train de l’émanciper de la propriété obligatoire. Moins de permis passés dès la majorité, moins de véhicules immobilisés dans des garages pleins, mais davantage de mobilité, plus fluide, plus partagée, plus technologique. Dans ce basculement, la voiture cesse d’être un objet statique pour (enfin) redevenir une expérience, un service, une interface de déplacement intégrée à un écosystème de mobilité plus large.

Pour l’industrie automobile, le signal est limpide. Continuer à vendre des voitures comme hier, c’est prendre le risque de perdre une génération entière et probablement la suivante. À l’inverse, concevoir des expériences de mobilité flexibles, désirables et connectées, c’est s’aligner et s’adapter au changement.

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