Peut-on vraiment se passer de la voiture ?

-

La voiture est devenue le symbole d’un monde à transformer. Trop polluante, trop encombrante, trop bruyante. La mise en place des zones à faibles émissions, des réduction des voies de circulation, des zones 30, la hausse du prix du carburant montrent un objectif clair. Il faut réduire son empreinte carbone et repenser la mobilité. Mais une question nous sommes essentielle à creuser pour SUPERCRITIC, peut-on vraiment se passer de la voiture ? Car derrière l’objet décrié, il y a une réalité plus complexe. Selon le Baromètre OpinionWay, 62 % des Français utilisent leur voiture presque tous les jours. Nous ne sommes pas simplement face à un usage, nous sommes face à une dépendance.

Une dépendance territoriale

La relation à la voiture varie fortement selon les territoires. Dans les zones rurales, 85 % des habitants estiment ne pas pouvoir se passer de leur voiture. Elle est l’outil indispensable pour aller travailler, consulter un médecin, faire ses courses ou emmener les enfants à l’école. Dans ces zones, la voiture est une condition d’autonomie et d’existence sociale.

En agglomération, la situation est plus nuancée. Pour 46 % des habitants, l’usage est raisonné, parfois choisi. Dans la capitale et sa périphérie dense, la voiture relève même parfois du plaisir ou du statut. Deux réalités territoriales coexistent donc face à cet objet.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

La dépendance automobile n’a rien d’un hasard, elle est le résultat de décennies d’aménagement.

L’essor de la voiture au XXe siècle a permis l’étalement urbain. Accéder à une maison plus grande, avec jardin, loin des centres-villes et surtout plus abordables, est devenu possible grâce à l’automobile. Les zones pavillonnaires se sont donc développées, les centres commerciaux se sont implantés en périphérie, les services se sont éloignés et les bassins d’emploi se sont dispersés. La voiture a été l’infrastructure invisible de cette organisation.
Aujourd’hui, cette réalité concerne les territoires peu denses, tel que les petites villes de moins de 10 000 habitants et les territoires ruraux, soit 21,4 millions de personnes (près d’un tiers de la population française). À cela s’ajoutent les villes moyennes et les périphéries des grandes métropoles, qui représentent un autre tiers de la population. Autrement dit, la majorité des Français vit dans des territoires où la voiture structure encore la vie quotidienne.

Quand la restriction rencontre la dépendance

Face à l’urgence climatique, la réponse a souvent pris la forme de restrictions : limitation de vitesse, radars, taxes carbone, hausse des carburants, zones à faibles émissions, augmentation des assurances. Ces mesures répondent à un impératif environnemental légitime. Mais lorsque l’usage est contraint, restreindre revient à fragiliser. Dans les territoires où l’automobile structure le quotidien, toute contrainte supplémentaire, qu’elle soit financière ou réglementaire, transforme le déplacement en charge plus lourde. Ce décalage entre dépendance structurelle et restriction politique peut générer de fortes réactions sociales. Le mouvement des Gilets jaunes en fut l’expression la plus visible.

Le paradoxe est là. Nous avons organisé nos territoires autour de la voiture. Puis nous cherchons à en réduire l’usage sans toujours transformer les conditions qui la rendent nécessaire. Dans le même temps, la dépendance entretient un cercle matériel exigeant. Plus de besoins automobiles signifie plus de véhicules, donc plus de production, plus d’extraction de ressources, plus d’émissions…

Des alternatives pour se passer de la voiture ?

Dans les centres urbains, les alternatives se développent : transports performants, vélo, autopartage, multimodalité. Mais cette dynamique reste largement concentrée dans les zones denses. Ailleurs, les contraintes persistent. Déployer des transports publics partout est coûteux, les distances sont plus longues, le covoiturage exige une organisation fine, le vélo montre vite ses limites. La transition avance là où l’écosystème est favorable. Dans les territoires moins denses, elle suppose plus qu’un simple changement de mode de transport.

Car la dépendance automobile dépasse la mobilité. Elle touche à notre manière d’habiter, de travailler, de répartir les services et les activités. La voiture est devenue l’interface entre notre géographie et notre économie. Réduire cette dépendance implique donc une transformation plus large. La question n’est pas seulement « peut-on vraiment se passer de la voiture ? », mais elle est systémique.

Alors, peut-on vraiment se passer de la voiture ou doit-on plutôt changer de regard ?

Face à l’urgence écologique, la réponse la plus visible reste souvent la restriction. Or restreindre un usage contraint ne suffit pas à transformer une dépendance.

La première étape consiste à prendre conscience de la réalité. Des millions de Français ne choisissent pas la voiture comme confort mais par nécessité.
La seconde étape est plus exigeante. Elle suppose d’admettre qu’on ne pourra pas simplement faire disparaître la voiture sans transformer ce qui la rend indispensable, et l’objet lui-même.
Si l’on veut réduire les émissions de gaz à effet de serre sans fragiliser des millions de personnes, il faudra une ambition plus large et des solutions nouvelles. Cela implique de réorganiser les territoires, mais aussi et surtout d’encourager de repenser la mobilité et l’objet voiture.

La question n’est donc pas seulement : Peut-on vraiment se passer de la voiture ?
Mais plutôt : Quel grand projet collectif sommes-nous prêts à inventer pour nous adapter ? Jusqu’où sommes-nous prêt à repenser l’objet voiture et son environnement ? Car la transition écologique ne se gagnera pas contre mais avec.

Share this article

Recent posts

Google search engine