Transition écologique positive ?
Dans une tribune publiée début juillet dans Les Echos, Dominique Seux pointait un besoin criant de positif dans une France qui s’est habituée à l’autodénigrement. Il s’appuyait sur les propos du nouveau patron de Renault, décidé à cultiver l’optimisme malgré un secteur automobile sous tension. Cette tribune résonne particulièrement avec la ligne éditoriale de SUPERCRITIC. Nous avons toujours défendu l’idée d’une transition écologique positive plutôt qu’une transition vécue sous le seul prisme du renoncement et de la contrainte. Notre pari depuis le premier numéro est simple, montrer ce qui marche, documenter les solutions qui existent déjà. Mais évidemment, sans pour autant nier la difficulté de la trajectoire. Ce texte de Dominique Seux vient donc conforter une conviction que nous portons depuis le début.
L’autodénigrement, carburant du populisme
Le constat de l’éditorialiste du journal les Echos mérite d’être pris au sérieux. Le dénigrement systématique de l’économie, de l’industrie, de la capacité collective à agir, n’est pas neutre politiquement. Car, il nourrit un discours qui prospère sur le désespoir. Celui qui promet de « tout renverser » en s’attaquant à un système présenté comme intégralement corrompu ou à bout de souffle. Quand plus rien ne semble pouvoir marcher, l’appel à la table rase devient logique. Or, c’est un mécanisme bien identifié. Plus le récit collectif est sombre, plus l’espace politique se rétrécit autour des postures de rupture. Décrire uniquement l’échec, c’est aussi, sans le vouloir, préparer le terrain à ceux qui en vivent.
Voir les causes, pas seulement les symptômes
Face à un problème – climatique, industriel, social – le réflexe naturel est de s’arrêter aux symptômes : la canicule, l’usine qui ferme, la facture qui grimpe. Mais ce sont des faits, mais pas points d’arrivée. S’en tenir là entretient un sentiment d’impuissance, parce qu’un symptôme, par définition, ne se résout pas directement. Il faut remonter à ce qui le produit. Or c’est précisément en identifiant les causes qu’on ouvre un espace d’action. Une entreprise qui comprend pourquoi son empreinte numérique explose peut agir sur ses pratiques d’achat, ses usages, son architecture technique. Alors qu’elle ne peut rien faire contre un chiffre brut de CO2 affiché sans explication. L’action, elle-même, a un effet réparateur. On va mieux quand on a prise sur les choses, même modestement, que lorsqu’on subit un récit qui ne laisse aucune marge de manœuvre.
Ce que le foot et les Jeux nous rappellent
Les audiences massives des matchs de l’équipe de France lors de la coupe du Monde 2026, jusque tard dans la nuit, ne sont pas un simple fait de société. Elles disent quelque chose d’un pays en attente de bonnes nouvelles. Deux ans plus tôt, les Jeux Olympiques de Paris avaient produit le même effet, suspendant une séquence politique morose. Ce ne sont pas des parenthèses anecdotiques. Ce sont des signaux – pour reprendre le terme de Domique Seux – qui indiquent une soif collective de récits positifs, de victoires partagées, de fierté commune. Cette soif ne disparaît pas dans le champ économique et écologique. Elle y est peut-être encore plus vive, tant le discours ambiant y est chargé d’alarmisme.
Renault, ou le choix assumé du volontarisme
L’exemple choisi par l’éditorialiste est parlant. Le patron de Renault, François Provost, sans nier un contexte sectoriel difficile, géopolitique tendue, concurrence internationale féroce, choisit de mettre en avant ce qui fonctionne : les 200 000 ventes de la R5 électrique, la fierté retrouvée des équipes, l’ambition assumée d’un plan stratégique. Ce n’est pas du déni. C’est un choix de communication et de management qui part d’un principe simple. Une organisation qui ne se raconte que son échec finit par s’y résigner. À l’inverse, nommer ce qui marche donne une direction, un point d’appui pour continuer.
Les solutions existent déjà : à quoi ressemble une transition écologique positive
L’e-adaptation portée par NITID (propriétaire de SUPERCRITC) en est un exemple concret. Face à la nécessité de décarbonner notre mobilité et particulièrement nos voitures, il faut des solutions d’accélération. Car juste changer de voiture présentera trop d’inertie et une l’obsolescence programmée des flottes thermiques. Renault par exemple propose des voiture neuves, il faut également convertir les voitures thermiques en électriques pour aller plus vite et rendre cette technologie abordable au plus grand nombre. En quelques sortes, il s’agit de miser également sur la sobriété industrielle plutôt que sur le tout-neuf. Ce n’est ni une martingale ni une solution miracle. C’est une réponse concrète, documentée, qui existe et qui fonctionne à son échelle. Il en existe beaucoup d’autres, dans l’agriculture régénérative, dans l’éco-conception numérique, dans la finance climatique. Les nommer, les expliquer, c’est déjà de l’action.
Positif ne veut pas dire naïf
Il faut lever une ambiguïté. Choisir de regarder ce qui marche n’est pas céder au déni. Et ce n’est pas non plus se réfugier dans le techno-solutionnisme, cette croyance qu’une innovation suffira toujours à résoudre un problème structurel. Être positif, au sens où je l’entends, c’est d’abord une exigence de lucidité : comprendre la réalité, ses contraintes, ses tensions, sans s’y arrêter. C’est ensuite un choix : celui de passer à l’action plutôt que de se contenter du constat. La transition ne se gagnera pas en répétant que tout est perdu. Une transition écologique positive ne relève pas du vœu pieux. Elle se construit en documentant, avec rigueur, ce qui, déjà, avance.

L’éditorial de Dominique Seux paru dans le journal les Echos le 6 juillet 2026.
