Il y a des mots que l’on croit bien connaître, « fabriquer » en fait partie. Avant même d’être un mot, ce fut un geste. Casser un silex pour en faire une lame, façonner l’argile, river le métal. L’anthropologue André Leroi-Gourhan y voyait l’un des gestes fondateurs de l’humanité, aussi ancien et aussi déterminant que la parole. Ce geste-là n’a jamais cessé. Il a seulement, depuis quelques années, commencé à changer de mains, et c’est cette bascule que SUPERCRITIC interroge dans sa troisième collection.
Fabriquer, bien plus qu’un mot
On l’emploie partout, presque machinalement. On fabrique une chaise, une voiture, une maison, une image, une idée, un objet, une machine. Mais on fabrique aussi du désir, de la valeur, du lien, et parfois même des émotions. Le mot paraît simple, mais il ne l’est pas. Fabriquer, ce n’est pas seulement produire, assembler des pièces, transformer une matière ou sortir un objet d’une chaîne industrielle. Fabriquer, c’est un geste fondamentalement plus profond. C’est par ce geste que l’être humain a commencé à ne plus seulement habiter le monde, mais à le modifier, à l’interpréter, à le prolonger, et aussi à exister lui-même.
C’est à partir de cette réflexion que SUPERCRITIC 03 est né. Cette troisième collection explore ce que veut dire fabriquer aujourd’hui, dans un monde où nous devons faire mieux avec moins. Car fabriquer n’a jamais été aussi puissant, et jamais aussi problématique. Nous vivons entourés d’objets et nous produisons plus vite, plus loin et plus massivement que toutes les générations qui nous ont précédés. Mais une question demeure : savons-nous encore pourquoi nous fabriquons ?
Pendant longtemps, fabriquer a été un geste de nécessité. Il fallait se nourrir, se protéger, se chauffer, se déplacer ou encore transmettre. Fabriquer répondait à une urgence vitale. Puis le geste s’est chargé d’autre chose. Il est devenu culturel, social et symbolique. Nous avons fabriqué des objets pour vivre, puis des objets pour exister, puis des objets pour désirer, puis des objets pour consommer. Et c’est là que le mot devient critique. Car fabriquer peut autant libérer qu’enfermer, réparer le monde comme l’épuiser, créer du sens ainsi que de l’oubli, du gaspillage, de l’obsolescence et du trop-plein.
Regarder Fabriquer autrement
SUPERCRITIC 03 ne regarde pas la fabrication comme un simple sujet technique. Nous l’abordons comme un fait humain total. C’est un geste qui traverse la philosophie, l’industrie, l’écologie, le design, la robotique, l’artisanat, la formation, la politique, la science-fiction et l’imaginaire collectif. Dans ce numéro, fabriquer commence par la main. La main qui taille un biface, qui souffle le verre, qui coud, qui polit, qui assemble, qui répare. Bref, la main comme premier laboratoire de l’humanité.
Mais fabriquer ne s’arrête pas à cette main. Il se prolonge aujourd’hui dans la machine et nous fait entrer dans une nouvelle ère. Les robots humanoïdes quittent progressivement l’imaginaire pour rejoindre le réel. Ils ne sont plus seulement des silhouettes de cinéma ou des fantasmes de science-fiction. Ils deviennent des prototypes industriels avec de grandes promesses économiques. Mais cela nous amène également vers des questions sociales profondes. Que cherchons-nous réellement à (re)produire et quel en sera l’impact sur nous ? SUPERCRITIC aime explorer ces zones plus profondes. Car la grande question n’est plus seulement de savoir ce que nous pouvons ou pourrons fabriquer, mais que devons-nous fabriquer, et surtout, comment ?
Fabriquer, un choix fondamental
Fabriquer aujourd’hui, ce n’est plus ajouter indéfiniment des objets au monde. C’est apprendre à choisir. Ce numéro 3 de SUPERCRITIC est donc un manifeste. Un manifeste pour celles et ceux qui pensent que l’avenir se dessine, se taille, se code, se soude, se cuit, se moule, s’imprime, se forme, se démonte et se recommence. Car nous pensons que le futur se construira à la fois dans la précision de la main et la puissance de la machine.
Fabriquer, c’est entrer dans le réel. C’est passer de la pensée à l’action. Et peut-être que notre époque a précisément besoin de cela, moins de promesses abstraites, plus de gestes capables de changer les choses. Nous avons longtemps cru que le futur allait arriver comme une destination. Mais le futur est fabriqué par des décisions, des industries, des récits, des objets, des infrastructures, des imaginaires. Alors, qui fabrique le futur et pour quelle planète ?
SUPERCRITIC 03 ouvre des visions pour comprendre ce que « fabriquer » veut dire à l’heure des robots humanoïdes, de la souveraineté industrielle, de la transition écologique, de l’intelligence artificielle et du besoin urgent de réinventer nos manières de produire et de consommer. Ce magazine est une invitation à regarder ce que nous appelons « fabriquer » comme une responsabilité culturelle et comme une manière de faire monde. Fabriquer, aujourd’hui, c’est choisir ce que nous acceptons de faire exister.
SUPERCRITIC 03 – Fabriquer est disponible.
Cette édition est destinée à celles et ceux qui veulent comprendre ce qui se joue derrière FABRIQUER.
